
MEMORIES
«In the future, present or imaginary world, MEMORIES reveal themselves, like roses petals opening»
Sorti du film en Décembre 1995
C'est en Décembre
1995, soit 7 ans après Akira, que sort le second film d'Otomo. C'est en fait
une série de trois courts métrages réalisés par trois auteurs différents
mais dont les scénarios sont signés Otomo, et l'ensemble de l’œuvre est
aussi supervisée par Otomo.
Ces trois courts métrages se veulent très différents dans leur forme, qu'elle
soit graphique, historique ou musicale; mais le message qu'ils transmettent
arrive à donner une homogénéité à l'ensemble du film: Memories parle avant
tout du genre humain. Au travers de ces trois courts, Memories révèle
l’humanité telle l’éclosion d’une Rose matinale. On ne peut s’empêcher
de penser à 2001 l’Odyssée, qui lui aussi traitait de l’humanité et de
son instinct primitif, qui est celui de se protéger.
Pour la sortie du film, Otomo s'occupe de l'affiche et nous pond, comme à
l'accoutumé, une merveille.

Bien sur, on ne peut pas parler de Memories, le film, sans mettre l'accent sur les musiques qui l'introduisent et le concluent. C'est Takkyu Ishino, le maître incontesté de la techno mondiale, qui se charge de leurs compositions. On se retrouve face à une oeuvre magistrale intitulée "In Yer Memories" qui nous berce pendant plus de 6 minutes jusqu'aux confins de notre inconscient. Sans aucun doute, le thème musical le plus intense depuis la neuvième de Beethov! D'ailleurs, si l'on devait refaire Orange Mécanique, ce serait l'histoire d'une personne qui aime le sexe, la violence et ... Takkyu Ishino!
Premier Court: the Future
KANOJO NO OMOIDE
-son souvenir-
Réalisé par Koji Morimoto
Musique de Yoko Kano

Ce film est l'adaptation du manga de Otomo sorti
dans Young Magazin en Octobre 1980. C'est Morimoto, grand ami de Otomo (avec qui
il monta les studios 4C), qui s'occupe de mettre en scène cette histoire de 2
astronautes plongés dans un monde entièrement sous contrôle. Ce grand maître
de l'animation (il travailla d'ailleurs sur celle d'Akira), à l'engagement déontologique
assez profond, va réaliser ici une véritable merveille visuelle. Rien, rien
n'est à jeter dans ce court où tout semble friser la perfection (si peut être
10 secondes passables!), les scènes spatiales sont d'un réalisme qui pourrait
faire pâlir 2001 (même si Otomo ne cache pas à quel point Kubrick l'influença);
l'animation est fluide, agréable et permanente; les dessins sont précis, détaillés;
la tension narrative est perpétuelle et les musiques de Kano (tiré de l'opéra
Madame Butterfly, Puccini) surenchérissent toutes ses qualités déjà fortes
abondantes. Au sujet des musiques, Kano, comme à son accoutumée, fait appel à
L'orchestre philharmonique de la république Tchèque: un gage de qualité.
Incontestablement, Kanojo no Omoide est une oeuvre qui fait date dans l'histoire
de l'animation.
Second Court: The present
SAISHUU HEIKI
-arme la plus puante-
Réalisé par Tensai Okamura
Musique de Jun Miyake

L'histoire commence à Yamanashi, petite ville des
Alpes japonaises, à 150 kilomètres de Tokyo. Yamada, un jeune chercheur avale
une capsule imaginant soigner son rhume, pas de bol, il va devenir une véritable
bombe puante, dévastant absolument tout sur son passage. Mais attention, il
fait route pour la capitale, il faut impérativement l'arrêter.
L'histoire se veut avant tout humoristique, mais le message qu'elle transmet est
incontestablement sérieux: critiquer cette bureaucratie incapable d'action
intelligente car ignorante des réalités du terrain. De part cette histoire,
Otomo s'en prend aux politiques nippons qui passent leur temps assis sur de
beaux fauteuils mais aussi qui n'accepte pas l'aide extérieur. Et c'est Okamura,
habitué de la comédie, qui nous pond ce court avec toute l'intensité qui lui
convient. Les bruitages sont d'une puissance incalculable (je vous conseille de
mater ce film avec un équipement audio de la plus haute qualité, vous
comprendrez), et les musiques collent parfaitement au film. A titre d'info, Jun
Miyake, qui doit être un bon ami d'Otomo, est compositeur de Jazz (il n’a
aucun lien avec le monde de l'animation) et les musiques qu'il crée sont
exactement celles qui accompagnent le court. Miyake ne s'est pas adapté au film
pour faire ces musiques, il les a fait, telle qu'il les fait d'habitude et tout
colle à merveille.
Troisième court: The Imaginary World
TAIHOO NO MACHI
-la ville au canon-
Réalisé par Katsuhiro Otomo
Musique de Hiroyuki Nagashima

Court métrage de 20 minutes, sans parole, réalisé
en un seul plan séquence (même si je trouve qu'à deux reprises, Otomo triche
un peu!). Un travail considérable pour raconter cette journée vécue par une
famille au sein d'une ville névrotique dirigée par un fou paranoïaque. Le
style graphique est assez naïf, ce qui n'empêche pas aux détails d'être
abondants. Mais ce que l'on retient, c'est surtout ce contraste entre ce père
de famille, condamné et désillusionné et son enfant, baigné par la naïveté,
par un imaginaire, mais aussi condamné. Un film troublant, sans aucun doute qui
révèle à sa manière les déboires de la crise mimétique.
En ce qui concerne les musiques de Nagashima, on peut le dire, elles sont "space",
mais on constate qu'elles ne peuvent se passer des images tout comme les images
ne peuvent se passer d'elles: la symbiose est donc totale.